Régis Chaigne – Vignobles Chaigne et fils

Régis Chaigne – Vignobles Chaigne et fils

Partons à la rencontre de Régis Chaigne, vigneron de l’Entre-Deux-Mers.
Le vignoble est en plein cœur de l’aire d’appellation Bordeaux, et produit des vins dans les AOC : Bordeaux, Bordeaux supérieur rouge et Entre-deux-Mers.
L’exploitation familiale compte actuellement 45 hectares plantés en vignes (37 ha de rouge et 8 de blanc) sur les communes de Saint-Laurent-du-Bois, Cantois Porte-de-Benauge, Saint-Martial, Saint-Pierre-de-Bat, Gornac.

Vous pouvez retrouver une version podcast de l’article, réalisé par Régis, lui même à l’adresse suivante : https://podcast.ausha.co/rchbx/collectif21

Qu’est-ce qui t’a décidé à devenir vigneron?

Ben, c’est simple mon rêve était de devenir pilote de ligne.
Ça n’a pas pu faire, les yeux, l’anglais, différentes raisons. Mais il se trouve que je n’étais pas trop mauvais en maths et je suis devenu ingénieur pendant 9 ans dans une grosse boîte internationale et à un moment donné mon paternel m’a dit : « on va vendre la propriété. »
La propriété à l’époque c’était 15 hectares. Mes parents y travaillaient tous les deux. Il y avait un très beau terroir et je me suis dit c’était dommage de la vendre. Mon père m’a dit que si je ne voulais pas que nous la vendions, il fallait que je vienne m’en occuper.
Au bout de quelques mois la décision a été prise et  j’ai pu bénéficier d’une formation pour une reconversion en gestionnaire de domaine viticole.

Pourquoi es-tu devenu vigneron?

D’une part par un besoin d’indépendance, de sens et aussi pour poursuivre une entreprise familiale, pour ne pas briser la chaîne de transmission et donner la possibilité à mes enfants que choisir de devenir vigneron ou pas.
Je ne pense pas que mes enfants deviennent vignerons mais c’est pas grave.

Quelles sont d’après toi les choses qui ont changées le plus durant les 10 dernières années dans le monde du vin?

Tout d’abord on peut dire que la compétition est le plus en plus exacerbée au niveau mondial. Des pays comme le Chili, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, (les pays du Nouveau Monde) ont pris de plus en plus de part de marché. Là où les vins français et les vins de Bordeaux étaient un peu les rois du monde il y a 20 ans c’est devenu de moins en moins vrai.
Durant les 10 dernières années ce phénomène s’est accentué encore. On vit dans une compétition mondiale exacerbé et même le marché chinois dans lequel les vins de Bordeaux étaient quasi monopolistiques voit maintenant arriver les Australiens qui sont en train de nous manger la peau sur le dos. 
Donc une des choses qui a changé : la compétition mondiale exacerbée.

Une autre chose qui a changé c’est la complexité administrative. Depuis 30 ans que je suis vigneron on ajoute des couches incessantes. En tant que vigneron on a de plus en plus de boulot administratif. 

Un autre truc dont on ne parle pas beaucoup, c’est un peu tabou, moi j’ai pas de tabou là-dessus ça ne me gêne pas d’en parler. En 2006 une nouvelle réglementation européenne a permis l’arrivée du bois dans les appellations d’origine (du moins celles qui ne l’ont pas interdit). On peut maintenant mettre du chêne dans le vin.
Le bois cela permet de faire pas mal de choses :  on peut effectivement masquer des défauts avec du bois mais ça me donnera jamais quelque chose d’extraordinaire, on évite ça, par contre ce que ça peut permettre c’est d’assouplir les tanins, de mettre en valeur le fruit.
Avec le bois, on peut transformer légèrement le profil d’un vin pour lui apporter aussi de la sucrosité. On a un outil supplémentaire qu’on utilise pas forcément systématiquement mais qui a permis effectivement de répondre au pratiques des nos concurrents internationaux qui ne se sont pas privés d’utiliser ça.
On peut toujours discuter c’est bien c’est pas bien, c’est comme ça aujourd’hui on peut utiliser le chêne dans le vin, c’est une grande nouveauté.

Autres modifications majeures dans les 10 dernières années c’est les exigences environnementales, l’explosion de l’agriculture biologique même si ça reste un petit segment mais ça progresse très très vite. Nous on a commencé la reconversion. On se lance en bio, on a pris la décision l’année dernière.
La stigmatisation de l’agriculture en général et de la viticulture en particulier avec Bordeaux en première ligne,  on remerciera tout particulièrement Elise [Lucet]. Bordeaux s’en est pris plein la tête avec Élise et sur les 10 dernières années ça a été très fort.

Un truc beaucoup plus sympa beaucoup plus rafraîchissant c’est l’arrivée du Vinocamp. Je trouve que c’est un événement qui est peut-être passé un peu en dessous des radars et pas hyper médiatique mais ça a permis un brassage d’idées, l’émergence de relations entre des gens qui ne se seraient jamais croisés sans cela donc pour moi ça a été très très important.

Un dernier truc qui a changé dans les 10 dernières années même dans les 2 derniers mois c’est l’arrivée de ce putain de virus qui est en train de rebattre toutes les cartes il va falloir essayer de pas tomber malade c’est une première chose mais aussi de survivre économiquement et ça c’est un peu challenge d’où l’utilité de #collectif21.
Ce putain de virus comme je l’appelle et sans doute l’événement majeur qui va redéfinir tous les contours de notre société et celui dit du mondovino n’y échappera pas.

Parmi les vins que tu produis si tu ne devais en choisir qu’un seul lequel choisirais-tu et pourquoi?

C’est une question piège. Je les aime tous c’est trop difficile mais je vais me quand même me prêter à l’exercice.
Il y a 2,3 ans je t’aurais dit le Clairet c’est notre rose OnSteroids et c’est mon dada depuis mes débuts de vigneron mais ce n’est pas de celui-là dont je vais te parler aujourd’hui.

Je vais te parler de blanc, c’est notre cuvée Marie-Louise que j’aime particulièrement faire découvrir. Marie-Louise c’est le nom de ma grand-mère malheureusement disparue.

Marie-Louise, elle étonne car qui croirait qu’un simple Bordeaux blanc de 10 ans puisse tenir encore la route et procurer des émotions? Personne, ben pourtant quand je le fais goûter c’est ce qui se passe les gens. ça plaît pas à tout le monde, on peut pas faire plaisir à tout le monde, mais curieusement c’est une bouteille qui ne reste jamais à moitié pleine.C’est maintenant mon autre dada après le Clairet.
https://www.chaigne.fr/vin-58-chateau-ballan-larquette-marie-louise-bordeaux-blanc-sec-marie-louise.html

CÉPAGES :
Sauvignon 50 %
Semillon 50 %

TERROIR :
Plateau argilo-calcaire de 7 hectares

DÉGUSTATION :
Le servir rafraîchi (entre 12 et 14°) pour accompagner vos poissons et volailles blanches en sauce.

Donne-nous 3 mots qui décriraient pourquoi tu fais du vin?

Je fais du vin tout d’abord pour procurer du plaisir et si possible de l’émotion à celui qui va le boire c’est la première réponse qui me vient à l’esprit.
Ensuite ça fait vivre quelques familles c’est déjà pas mal.
Et il faut entretenir et préparer la transmission d’un terroir. On n’est que locataire on emprunte la terre à nos enfants et puis ensuite faire vivre le territoire parce que s’il n’y a plus de vigne dans l’Entre-Deux-Mers ça va être un peu tristounet.

Donne-nous le nom d’un autre vigneron dont tu es fan et dis-nous pourquoi tu l’as choisi?

Tu es vache de me poser des questions comme ça parce que je vais m’aliéner plein de copains et de gens que j’admire et que j’adore mais si il faut en choisir un, c’est un copain par ordre chronologique.
Lors de ma reconversion, j’ai rencontré un personnage, parce qu’il s’agit d’un personnage, Jean-Louis Mourre. C’est le propriétaire du domaine de Colombier, il fait du Vacqueyras.
J’ai toujours adoré ces vins. Jean-Louis c’est un fou de terroir, un fou de la vinification et il fait des vins tout simplement extraordinaires. Il est passé en bio il y a une quinzaine d’années.
J’aime l’opulence, le fruit, la texture, le velouté de ses vins et j’aime le personnage.
Ça incarne vraiment pour moi ce qu’est le vin. C’est une machine à voyager dans le temps et dans l’espace. Quand j’ouvre une vieille bouteille du domaine de Colombier je vois Jean-Louis, si c’est une très vieille bouteille je parle encore avec son père, j’entends les cigales, je sens la lavande, c’est magnifique, c’est le sens du vin.
Si vous aimez les vins des Côtes-du-Rhône et en particulier le Vacqueyras je n’ai qu’une seule adresse.
(http://www.art-rhone.fr/domaine-le-colombier.html)

Site web des Vignobles Chaigne et fils : https://www.chaigne.fr/
Vignobles Chaigne et Fils
Château Ballan-Larquette, 33540 St Laurent du Bois

La série d’articles « CollectifVin1Un » est naît sur l’initiative de Nicolas Naigeon d‘Aveine d’aider les vignerons à traverser la crise du COVID19 par une mise à disposition des réseaux des influenceurs du mode viti/vinicole : #Collectif21.
Influenceurs ou vignerons, n’hésitez pas à rejoindre le mouvement.

https://www.aveine.paris/collectif21/

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